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Photographe : to be or not to be

Photo reportage, photographe lifestyle, photographe de mariage, photographe de reportage mariage, photographe d’évènements, photographe de mariage et d’évènements, photographe de mariage et d’évènementiel, photographe portraitiste… Tant de formules qu’on s’y perd. Essayons d’éclaircir, de faire un peu le tri.

  I.  DES PHOTOGRAPHES « PRO »

 On distingue plusieurs types de photographes. Il y a

-          celui de laboratoire tout d’abord, qui réalise des photos d’identités, développe des photos… L’ouverture d’un magasin est conditionnée par la possession d’un CAP ou bac professionnel photographie. Certains possèdent un BTS, voire un master.

-          le photographe de presse, ou reporter ou photo reporter (etc.) qui est rattaché ou non à une agence et possède un statut de journaliste, une carte de presse. L’obtention de cette carte est conditionnée par le travail de l’année précédente (50% des ressources gagnées doivent être liées à la presse)

-          Le photographe d’art

-          Les photographes spécialisés (photographe de mode, photographe animalier, photographe publicitaire…)

-          Les photographes prestataires

Et puis il y a les photographes amateurs, à différents degrés. Photographes occasionnels ou passionnés et praticiens réguliers.

Aujourd’hui, avec la technologie numérique (= le matériel pour la prise de photo et le matériel pour le post-traitement de la photo), les repères ont tendance à être brouillés. On parle de matériel amateur, pro, semi-pro (une catégorie intéressante). Un bon matériel fait beaucoup dans la qualité de la photo, permettant d’obtenir une meilleure lumière, définition, résolution, etc. Cependant, le matériel ne fait pas tout non plus. Il est un plus mais pas un pré-requis nécessaire: certaines personnes sauront prendre de formidables photos avec un matériel bas de gamme. Il n’est pas non plus une garantie : une photo réussie est un tout, associant plusieurs paramètres de composition, couleurs, contrastes, luminosité, netteté, mise au point. Un peu comme deux individus face à face dans d’excellentes conditions pour communiquer, mais qui n’aient rien à se dire, pas de message.

Il en va de même pour le post-traitement. Certains photographes sont d’excellents chasseurs d’images (parfois depuis des décennies) mais ne maîtrisent que peu les logiciels de retouches. Je ne parle pas ici d’extrême retouche mais du post-traitement nécessaire pour obtenir le meilleur résultat possible sur tous les plans (couleurs, contrastes, netteté, luminosité…) La prise de la photo n’est que la partie immergée de l’iceberg. Certes, elle est la plus importante du travail, mais pas la plus longue ni la plus délicate, et il convient de ne pas négliger les étapes suivantes de correction et de sublimation.

 

La relativité de l’appellation « photographe pro »

Photographes d’art, spécialisés et prestataires n’ont pas à justifier d’un diplôme, ou d’une formation. Diplômés et autodidactes se côtoient. Injustice parfois, mais ce sont les photos réalisées, au fond, qui font vraiment la différence entre eux et permettent de juger et départager.

Il existe trois écoles supérieures publiques en photo en France. Existent également plusieurs écoles privées qui ne sont pas sous contrat avec l’état (c.a.d. que les diplômes de fin de cycle ne sont pas forcément reconnus et ne permettent pas de justifier du niveau d’études pour une autre orientation)

Le titre de « photographe professionnel » doit donc être pris avec des pincettes car il est avant tout un statut.  La notion implique d’appartenir ou de posséder une entreprise (parfois et souvent auto-entreprise) mais n’est pas une garantie de connaissances, de technique, de talent ou de matériel. J’aimerais pouvoir vous dire que recourir à un photographe pro est l’assurance de recourir à un savoir-faire, mais ce serait un mensonge. Recourir à un photographe professionnel ne permet pas d’assurer que l’on sera satisfait du résultat.

 

L’assurance de l’appellation « photographe pro »

Si la désignation de « photographe pro » n’est pas suffisante pour garantir des photos réussies, elle apporte tout de même un minimum de sécurités : qui dit photographe professionnel dit contrat, donc sécurité quant aux services fournis par rapport au photographe non professionnel. Le photographe professionnel s’engage à remettre un certain nombre de photos sous une forme déterminée et vous pouvez vous retourner contre lui devant la loi. Il remplira donc au mieux ses engagements, ne fut-ce que pour éviter des poursuites judiciaires.

Qui dit photographe professionnel dit commerce. La réussite du photographe pro passe avant tout par le nombre de clients qu’il a et ceux-ci constituent, en théorie, son gagne-pain. Le bouche-à-oreilles (y compris sur internet et les réseaux sociaux) est donc un paramètre primordial, qu’il convient de ne pas négliger. D’après les études réalisées en France dans les années 2000, un client satisfait ne parle du bon service reçu qu’à six personnes en moyenne, tandis qu’un client insatisfait informe en moyenne onze personnes de son mécontentement. Avec l’explosion récente des réseaux sociaux et la multiplication des blogs, sites et forums de référencement avec les principes de commentaires, notations et avis clients, les messages de mécontentement sont bien plus relayés et visibles qu’auparavant. Le photographe professionnel est aussi un homme / une femme d’affaires : il / elle s’acquittera  d’un minimum d’efforts pour vous satisfaire, ne fut-ce que dans le seul but de préserver son image et de ne pas perdre d’éventuels futurs clients.

 

II.  DES TYPES DE PHOTOGRAPHES

  • Photographe de mariage : un photographe spécialisé dans le mariage. Comme dans le cochon, il y a du bon et du très bon (mais pas que, contrairement à une idée reçue) et il est difficile de se faire à l’avance une idée du style.
  • Photographie lifestyle : décryptage. La photographie lifestyle, selon certains, c’est le meilleur type de photographie pour un mariage, un pacs, des portraits ou un évènement quelconque. En un mot : selon eux c’est le must pour tout. La photographie style de vie (c’est beaucoup moins élégant en français), c’est une photo qui se veut spontanée. Prise sur le vif. Des photographies qui ressemblent aux personnes photographiées plutôt que des cadres tous prêts ou des poncifs éculés appliqués pour la énième fois aux modèles du jour. Des photographies dynamiques, avec du mouvement, de l’authenticité. Je pense qu’à partir du moment où on photographie des êtres humains, l’état d’esprit lifestyle est indispensable. Mais de là à forcer le trait et l’ériger au rang d’institution, d’étendard, en glorifiant les flous « naturels », les artefacts et autres objets ou éléments de décor indésirables en plein milieu du cliché, je suis contre. J’aime bien réaliser un ensemble de photos qui joue sur plusieurs tableaux : des poses, des mimiques, des positions, des postures croquées sur le vif, mais aussi quelques regards bien francs, des cadrages bien travaillés, du noir et blanc ET à côté de la couleur, de la photographie descriptive ET de la photo graphique, etc. Parce que le « lifestyle » c’est la photo du quotidien. La photo du quotidien, c’est bien, mais on n’engage pas un photographe rien que pour ça. Avec des photos hors quotidien avec, c’est mieux.
  • Photo reportage : décryptage. Le photo reportage de mariage, variante « photographe de reportage mariage », est, selon certains, le meilleur type de photographie pour un mariage ou un pacs. En un mot : selon eux c’est le must pour tout. Mais c’est quoi ? Un travail de type journalistique, dont le but est de raconter la journée, de capturer et de montrer sous toutes les coutures les moments les plus forts. De montrer « les émotions ». La démarche n’est pas mauvaise mais on tombe vite dans plusieurs travers. Un : le travers du tout noir et blanc avec beaucoup de gros plans sur les visages, regards larmoyants et mains crispées sur des mouchoirs au détriment des interactions entre petits groupes. Deux : le travers des types de photos tous prêts à l’emploi, qu’on retrouvera chez tous les photographes de la même école ou presque. Vous shootée exactement comme les autres clientes du portfolio, au détail prêt. Montrer les émotions, je trouve ça indispensable : il faut savoir les guetter et les saisir, mais de là à ne se focaliser que là-dessus et passer tout le reste au second plan, non.
  • Photographe portraitiste, photographe portraitiste de mariage, photographe portraitiste ET de mariage : particulièrement inventif / créatif / à l’aise lors des photos posées du couple et des invités. Dans la série photos finale, beaucoup de photos individuelles ou en petits comités qui mettent tout le monde en valeur, alternant les mises en scène rigolotes, les poses classiques / romantiques, etc. J’aurais du mal à critiquer cette démarche-là car je suis souvent séduit par le travail des photographes portraitistes. Leurs qualités sont très précieuses dans la couverture photographique d’un mariage. Mais tous n’ont pas le même souci des plus grands d’entre eux qui est de rendre aussi hommage aux détails, aux décors et aux instants.
  • Photographe d’évènements : veut volontairement ratisser plus large que le photo reporter de mariage et couvre (ou cherche à couvrir) une plus grande palette d’instants. Certains rajoutent « mariage » dans leur autodéfinition (essentiellement pour une question de référencement sur internet mais aussi pour inspirer davantage confiance), se désignant alors comme des « photographes de mariage et d’évènements » ou des « photographes de mariage et d’évènementiel ». Ce que j’aime dans cette définition et cette pratique de photographie d’évènements, c’est la diversité du travail effectué, même si parfois, ce caractère un peu plus « généraliste » est périlleux.
  • Le photographe idéal : tout dépend des attentes de chacun et chacune. Il n’y a pas de photographe idéal toutes catégories confondues. Le photographe idéal sera celui que vous choisirez selon vos propres critères.

 

III. CHOISIR UN PHOTOGRAPHE

Le photographe est un œil….

Que les photographes aient ou non un style reconnaissable entre mille, qu’ils aient ou non des marottes, des types de photos bien définies, cloisonnées ou au contraire une richesse dans leurs prises de vue, leur regard est toujours unique, et profondément subjectif. Il vous appartient de bien choisir ce regard. N’optez pas pour un photographe dont vous n’avez pas soigneusement étudié le travail : que montre-t-il ? Comment ? Raconte-t-il des histoires ? Ces histoires vous parlent-elles ?

Ne vous contentez pas de quelques images aperçues sur son site ou blog qui auront été nécessairement triées sur le volet. Allez plus loin en consultant (si possible) un nombre conséquent d’extraits d’une même série. Si cela n’est pas possible, demandez-le ! Plongez dans un ensemble plus représentatif pour vous faire une idée de ce qui vous attend.

 

… mais le photographe n’est pas qu’un œil

Après la prise de la photo vient le traitement de l’image. Observez tout aussi soigneusement cet aspect-là : aimez-vous ses choix esthétiques en termes de couleurs, d’intensité ?

 

Gare au contrat empoisonné

On ne le dira jamais assez : il faut lire soigneusement, très très soigneusement le contrat, voire les contrats de plusieurs photographes et ne pas hésiter à réclamer que le photographe prenne, noir sur blanc, des engagements supplémentaires.

-          QUI réalisera les photos ? Est-ce bien lui/elle et pas un(e) associé(e) ou employé(e)?

-          QUE comprend exactement le tarif ? Quels sont tous les surcoûts possibles ? Peut-il vous fournir une liste détaillée de tous les points qui pourraient entraîner une majoration ? (exemple : les photographes qui exigent une indemnisation si vos proches n’achètent pas auprès d’eux et au prix fort un minimum de photos)

-          QU’en est-il précisément des éventuelles minutes et heures supplémentaires ?

-          QUEL est le délai de remise des photos ? Peut-il s’engager sur une date butoire ?

-          QUE se passe-t-il s’il se casse les deux jambes la veille de la séance photos ? A-t-il un plan pour vous dépanner ET une assurance ?

-          Vous remet-il des photos sans logo / copyright ? Quels sont vos droits sur ces photos ?

-          Quels sont les droits qu’il s’autorise sur les photos sur lesquelles vous figurez ? Exige-t-il de pouvoir les vendre ? Certains professionnels vous diront que vendre les photos libres de droit est une casse du métier, un nivellement par le bas et essaieront de contrôler au maximum la diffusion de leur travail (en ne vous remettant que du support physique, par exemple, de façon à ce que toute version numérique que vous puissiez mettre en circulation soit de moindre qualité).  Exigez une transparence des plus absolues.

-          Qu’en est-il des frais de déplacement ? Et « d’hébergement » ?

Liste non exhaustive.

 

Le prix

Une grande partie du travail de photographe pro consiste à convaincre le client que recourir à un pro, avec le coût que cela comporte, en vaut la peine, et particulièrement à l’ère des amis et des proches munis de reflex numériques. Ceux qui réussissent le plus doivent donc allier des qualités artistiques et des qualités pour le business. Etre un bon photographe ne suffit pas : c’est l’une des principales difficultés du métier. Il faut être polyvalent car les récentes évolutions l’exigent : il faut savoir faire du graphisme, du montage, maîtriser internet et s’en servir à bon escient, être « visible » et convaincant, savoir se démarquer de la concurrence… Au final, le temps passé à prendre des photos (ce qui doit rester le premier amour du photographe, aussi pro soit-il, car un travail fait avec amour et application sera toujours bien mieux fait qu’un travail bâclé réalisé uniquement par intérêt pécuniaire) ne représente qu’une partie infime du temps de travail…

 

Graphiques réalisés par A Photo Editor

Tout ceci tend à expliquer les tarifs conséquents exigés par les photographes. En effet, les montants perçus en échange des prestations photographiques doivent pouvoir couvrir les autres activités y afférant qui ne rapportent aucun gain.

  • Détails de la prestation

Qu’y-a-t-il de compris dans ce que vous payez ? Un DVD ? Une galerie privée ? Un album ? Des tirages papiers ? Sur quel support ? De quelle qualité ? Pouvez-vous voir un exemple ? Il convient de TOUT clarifier pour savoir ce que vous achetez réellement.

 

  • Certains photographes vous diront…

            Que ce soit par rapport au prix ou à toute autre chose, il existe une multitude de « certains photographes vous diront » mais cela reste particulièrement vrai pour tout ce qui touche à la rémunération (comme souvent dans les sociétés actuelles). Petit tour de quelques propositions à prendre avec des pincettes :

-          Certains photographes vous diront… qu’un prix élevé est une garantie de performance.

Mais c’est faux. On peut trouver de très bons photographes comme de très mauvais dans chaque tranche de rémunération. J’ajouterais que la photographie reste un art et un service on-ne-peut-plus subjectif, et que ce que X, Y, ou Z trouvera extraordinaire ne parlera pas le moins du monde à A, B ou C. Souvent, c’est une question d’offre et de demande : on augmente son prix quand on sait qu’on a beaucoup de demandes, car on parvient à remplir tout son calendrier sans souci. Quand on peine à trouver des clients, on n’augmente jamais ses tarifs. Mais ça, personne ne vous le dit. Ou alors on vous explique que c’est pour « mieux vous servir » et offrir « une prestation de meilleure qualité ». En général, les photographes très chers sont bons, là n’est pas la question, mais cela n’empêche pas des photographes moins chers d’être tout aussi bons. Engager un photographe « tête de liste » c’est comme acheter un tee-shirt blanc avec le logo d’une grande marque plutôt qu’un tee-shirt blanc sans marque : on achète aussi la notoriété.

-          Certains photographes vous diront… que les prix ne peuvent être comparés car le photographe est le seul à pouvoir estimer ce qu’il vaut

Ce qui revient à vous ôter tout sens critique et à vous juger incapable d’apprécier leur travail. Sans commentaire.

-          Certains photographes vous diront… qu’une prestation à petit prix est nécessairement médiocre

Je me contenterai d’indiquer qu’il faut fuir comme la peste les généralisations abusives. Un photographe qui se lance dans la photo de mariage préfèrera couvrir plusieurs évènements à prix réduit pendant ses premières saisons plutôt que pas de mariages du tout. Mais êtes-vous face à ce genre de profils ou face à un escroc qui cherche l’argent facile ? La meilleure façon de savoir ce que vaut votre photographe, outre l’examen attentif du contrat et les échanges avec lui, reste encore l’examen de son travail, de ses photos : nous en revenons toujours au même. C’est là la seule façon de BIEN choisir.

-          Certains photographes vous diront… que céder les photos libres de droit casse les prix

Pour ma part, à l’ère de Facebook, je pense qu’il est illusoire d’affirmer que des photos en support papier suffisent. Donner des photos numériques criblées en plein milieu d’une adresse internet dans une police très moche alourdie par l’ombre portée de Photoshop + une version papier sans copyright à des mariés ne vous garantit qu’une chose : non pas que vos photos ne circuleront pas sur internet, mais qu’elles circuleront après avoir été scannées. Dans le meilleur des cas, vous ne serez pas mentionné et vos photos circuleront en piètre qualité, vous n’aurez rien gagné si ce n’est leur mettre des bâtons dans les roues, et dans le pire des cas les mariés mentionneront votre nom dessous (et on pensera que vous faites un travail peu reluisant au vu de la qualité). Sinon, vous pouvez proposer des tarifs qui vous permettent de vivre et autoriser les mariés à exploiter vos photos HD pour toute utilisation à but non lucratif.

 

  • En conclusion, quelques citations et références parlantes à propos de la photo pour lancer de nouveaux débats :

-          « Le photographe professionnel prend de l’argent contre ses photos, l’amateur prend ses photos avec son argent. »

-          Le point de vue d’Anne-Laure Jacquart « Photographes professionnels et amateurs… même combat ! »

-          Une phrase sur laquelle méditer : « J’émets le vœu que la photo, au lieu de tomber dans le domaine de l’industrie et du commerce entre dans celui de l’art » (Gustave Le Gray, 1852)

 

Et quelques pensées d’Ansel Adams pour la route :

 « You don’t take a photograph, you make it »

« A true photograph need not be explained, nor can it be contained in words »

« There are always two people in every picture: the photographer and the viewer »

« There are no rules for good photographs, there are only good photographs »

Urbi et Orbi :

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